L’intelligence artificielle n’a pas offert de nouveaux crimes aux attaquants. Elle a rendu les anciens moins chers, plus rapides et beaucoup plus crédibles. Une campagne de phishing qui demandait des jours de travail peut désormais être générée en quelques minutes, dans un français, un arabe ou un tunisien impeccables, et personnalisée pour chaque destinataire. Pour les équipes sécurité, cela change l’économie de la défense plus que la nature de la menace.
Un phishing sans fautes
Pendant des années, la sensibilisation apprenait à repérer les tournures maladroites et les mises en page douteuses. Les grands modèles de langage ont effacé ces signaux. Les attaquants combinent des données publiques (profils LinkedIn, communiqués, organigrammes) et du texte généré pour écrire des messages qui ressemblent exactement à ceux d’un fournisseur, d’un manager ou de la banque. Des outils criminels comme WormGPT et FraudGPT, vendus sur des forums clandestins depuis 2023, mettent cette capacité à la portée de personnes sans aucune compétence technique.
L’humain reste la principale porte d’entrée : le Data Breach Investigations Report 2025 de Verizon relève une action humaine, comme un clic sur un lien ou une manipulation, dans environ 60 % des violations.
Dirigeants deepfake et voix clonées
Début 2024, un employé du cabinet d’ingénierie Arup à Hong Kong a transféré environ 25 millions de dollars après une visioconférence où le « directeur financier » et plusieurs collègues étaient tous des deepfakes. Le clonage de voix est encore plus simple : quelques secondes d’audio tirées d’un webinaire ou d’une messagerie suffisent pour imiter quelqu’un au téléphone.
La leçon est procédurale, pas technique. Toute demande de virement, de changement de coordonnées bancaires ou de partage d’identifiants doit être confirmée par un second canal indépendant, aussi familier que soient le visage ou la voix.
Une reconnaissance et une intrusion plus rapides
L’IA accélère aussi le volet technique : trier des données volées, cartographier les services exposés, expliquer une vulnérabilité et rédiger un exploit. En novembre 2025, Anthropic a indiqué avoir stoppé une campagne d’espionnage, attribuée à un groupe soutenu par un État, dans laquelle un agent IA réalisait seul la plupart des étapes de l’intrusion, les opérateurs humains n’intervenant qu’à quelques moments clés. Selon Verizon, l’exploitation de vulnérabilités est déjà le vecteur d’accès initial dans environ 20 % des violations, et l’automatisation réduit le délai entre la publication d’une faille et son exploitation.
Votre propre IA est devenue une surface d’attaque
Chatbots, copilotes et agents IA connectés aux données internes créent de nouveaux risques. L’injection de prompt, classée première du Top 10 OWASP pour les applications LLM, permet de cacher des instructions dans un e-mail, une page web ou un document que l’assistant exécutera. Les employés qui collent des données sensibles dans des outils non approuvés (shadow AI) font le reste. Le rapport IBM 2025 indique que 13 % des organisations ont subi une violation touchant des modèles ou applications d’IA, et que 97 % d’entre elles n’avaient pas de contrôles d’accès adaptés à l’IA.
Les défenseurs ont aussi l’IA
La bonne nouvelle : la même technologie sert la défense, et les gains sont mesurables. Selon IBM, les organisations qui utilisent largement l’IA et l’automatisation en sécurité réduisent le coût moyen d’une violation d’environ 1,9 million de dollars et raccourcissent son cycle de vie d’environ 80 jours. Le gain vient du tri et de la corrélation : la machine filtre le bruit pour que les analystes se concentrent sur les alertes qui comptent.
Sept contrôles qui fonctionnent toujours
- Une MFA résistante au phishing (clés FIDO2 ou passkeys) pour la messagerie, le VPN, les consoles cloud et les comptes à privilèges.
- Une vérification hors bande pour chaque paiement, changement de RIB ou demande urgente d’un dirigeant.
- Une sensibilisation avec des scénarios réalistes : phishing écrit par IA et appels deepfake, dans les langues réellement utilisées par vos équipes.
- Une détection comportementale (EDR et NDR) qui repère ce que fait un utilisateur ou une machine, pas seulement des signatures connues.
- Un tri SOC automatisé pour que chaque alerte soit enrichie et notée en quelques secondes, jour et nuit.
- Un patching fondé sur le risque des systèmes exposés, en commençant par les vulnérabilités activement exploitées.
- Une politique d’usage de l’IA avec des outils approuvés, des règles sur les données et des contrôles d’accès pour chaque modèle et agent.
Sources
- IBM, Cost of a Data Breach Report 2025
- Verizon, 2025 Data Breach Investigations Report
- OWASP, Top 10 for Large Language Model Applications (2025)
- Anthropic, threat intelligence report on an AI-orchestrated espionage campaign (November 2025)
- Hong Kong Police and Arup statements on the deepfake video-call fraud (2024)



